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Peut-on combattre le patriarcat sur TikTok ?

Temps de lecture : 5 minutes

“Les filles les plus belles, les garçons à la poubelle." On le criait déjà dans la cours de récréation ; les filles doivent reprendre le pouvoir parce qu’elles aussi, elles méritent leur moment de gloire. Et désormais, TikTok est devenu leur royaume. Mais la confiance en soi peut-elle vraiment s’acquérir avec des trends TikTok ?

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Rédactrice à l’Agence Nest. 30 onglets ouverts dans la tête et un assistant à moustaches sur les genoux.

Laury Peyssonnerie

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On le criait déjà dans la cours de récréation ; les filles doivent reprendre le pouvoir parce qu’elles aussi, elles méritent leur moment de gloire. Et désormais, TikTok est devenu leur royaume. Mais la confiance en soi peut-elle vraiment s’acquérir avec des trends TikTok ?

La girl culture à son prime

En ce moment, il paraît qu’il fait bon vivre d’être une femme. Toutes les tendances sont braquées sur nos beaux yeux, et pas que. En mode girl boss ou messy girl, on vit au rythme des girl dinners tout en étant delulu à cause de nos daddy issues. Dernièrement, le retour du Pumpkin Spice Latte chez Starbucks a sonné l’arrivée des automn white girls alors même que la tube girl est encore en tendance.

Le cliché le plus cliché de tous les clichés.

Il y a déjà plusieurs années, on romançait le cool sur Instagram. Et, en même temps, qu’est-ce qu’on ferait sans le hot girl summer ?

Aujourd’hui, on glamourise aussi les ratés à la Tumblr. Et on ne parle pas que des larmes de crocodile.

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Être delulu, c’est la nouvelle solulu pour ne plus déprimer. S’il ne répond plus à nos messages depuis 3 semaines, c’est certainement parce que c’est un busy man. Enfin, c’est l’idée que l’on s’en fait pour garder la tête haute malgré un ghosting brutal.

“Si tu es le genre de fille qui se dit “Je suis un peu folle parce que j’ai envoyé un message à ce mec deux fois de suite”, utilise ça pour en faire une identité aesthetic au lieu d’être un simple être humain.”, Hannah Raine, co-fondatrice du podcast Rehash

L’idée, c’est de montrer que l’on a confiance en soi, même en étant vulnérable. Et c’est justement ça qui est drôle. Parce qu’aujourd’hui, il faut se le dire, on ne sait plus comment gérer notre image : faut-il être soi-même ou en faire trop ?

À bas le ridicule. On préfère tout tourner en dérision, bien souvent plus que ce qui est nécessaire juste pour se faire remarquer.

Alors on devient les idoles de certains, et les ridicules des autres. Parce qu’au final, ce n’est qu’une question de point de vue.

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Mais a-t-on tous l’air aussi cool en se dandinant sur la barre du métro ? Devenir une icône, est-ce à la portée de tout le monde ?

On a la main character energy ou on ne l’a pas

Sur TikTok, c’est comme à la télé, il ne faut pas croire tout ce que l’on voit. Ce n’est pas parce qu’une poignée de filles font preuve d’empowerment qu’on a tous ce privilège. La réalité, c’est plutôt ça :

“On a grandi dans une société où il faut se conformer, rentrer dans des cases, suivre un chemin tout tracé et pas faire trop de vagues. Et dès qu’on en sort, tout le monde nous tombe dessus et ça peut créer un sentiment de honte et de culpabilité. Alors on se bride pour éviter ce sentiment pas cool à vivre”, Claire Perrier, créatrice de contenu dans sa newsletter Premier rôle

Pourtant, on espère tous secrètement devenir le main character de nos vies. Il suffit juste d’y croire pour s’évader de la réalité, avec Gimme more dans les oreilles. On se projette dans un storytelling idéal, et on l’intègre comme un véritable art de vivre au quotidien.

Définition

Le main character syndrome, ou le syndrome du personnage principal, se manifeste “lorsque quelqu'un se présente, ou s'imagine, comme le personnage principal d'une sorte de version fictive de sa vie” selon le professeur de psychologie Phil Reed dans Psychology Today.

En réalité, ces trends exubérantes ne sont pas qu’une question d’égocentrisme. C’est avant tout le besoin de regagner confiance un soi qui s’y dessine. Voir la tube girl déborder de confiance, c’est penser que l’on peut soi-même affronter le regard des autres en se mettant dans sa peau. Et même si notre santé mentale ne nous le permet pas toujours, il s’agit justement de surmonter nos peurs pour reprendre le contrôle sur nos vies.

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Exister dans une nouvelle vie romancée pourquoi pas, mais que reste-t-il de la réalité ? Peut-on vraiment tout régler par la glamourisation de nos vies ?

Pour rappel, si on coupe tout, la main character energy, c’est fini. Qu’est-ce que ça changerait, notre rapport à nous-mêmes ou aux autres ?

Où sont les femmes ?

Derrière des enjeux de confiance en soi, il y a un détail qui manque : Pourquoi la main character energy, ça concerne majoritairement les femmes ?

C’est vrai ça, le seul tapis rouge des hommes, c’était l’empire romain. Pendant ce temps sur TikTok, les femmes se libèrent des cases qui leur ont été attribuées sur la place publique. Or, ces girly trends existent par opposition à la norme… établie par les hommes :

  • Girl math : supposément un raisonnement illogique, selon qui ?
  • Girl dinner : “parce qu’on le fait quand nos petits-copains ne sont pas là” selon Olivia Maher, la Tiktokeuse qui a lancé la tendance
  • Girl boss : “dont le succès se définit par opposition au monde masculin des affaires dans lequel elle nage à contre-courant”, comme si être une femme d’affaire, c’était inédit.

« Internet oblige les jeunes femmes à se conformer à des esthétiques facilement identifiables » Elena Cavender, journaliste pour Mashable

C’est tout le paradoxe de l’empowerment. Comme si sur Internet, il fallait continuer de perpétuer les diktats de la société. Les hommes sont discrets et réfléchis, pendant que les femmes en font un peu trop. Que dit-on, les filles, parce que oui, s’affirmer de la sorte, c’est peut-être aussi faire preuve d’immaturité. Réduites à un titre enfantin, elles restent les grandes sensibles de l’histoire.

En généralisant, certes, les femmes et les hommes ont deux façons opposées de réagir. Or, ce qui compte, c’est de comprendre pourquoi la bonne vision de la vulnérabilité serait masculine. Et si dompter ses émotions en les exprimant, c’était mieux que de les refouler ?

Parce que, voir l’émancipation des femmes par opposition à la norme masculine, ça a quand même un petit goût de sexisme moyenâgeux. Et pourtant, les femmes elles-mêmes se définissent comme telles.

Si elles ont longtemps voulu se libérer de ces cases qu’on leur impose, aujourd’hui elles en jouent. Peut-être parce que c’est le seul moyen d’être écoutées ?

Mais est-ce vraiment le meilleur moyen pour asseoir l’égalité ? En tentant de déjouer leurs oppressions par le sarcasme, ne finissent-elles pas par réintégrer ces normes elles-mêmes ?