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Les influenceurs vont-ils finir au placard ?

Temps de lecture : 5 minutes

Nombreux sont les créateurs de contenus à être passés sur le devant de la scène. Et depuis nos comptes non certifiés, ils ont bien l’air de mener la belle vie. Or, ces derniers temps, ça tourne au vinaigre. Vont-ils finir au placard avec les autres vestiges oubliés d’internet ?

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Rédactrice à l’Agence Nest. 30 onglets ouverts dans la tête et un assistant à moustaches sur les genoux.

Laury Peyssonnerie

Nombreux sont les créateurs de contenus à être passés sur le devant de la scène. Et depuis nos comptes non certifiés, ils ont bien l’air de mener la belle vie. Or, ces derniers temps, ça tourne au vinaigre. Vont-ils finir au placard avec les autres vestiges oubliés d’internet ?

Raconter sa vie dans sa chambre, c’est une bonne situation ça ?

Dix ans en arrière, créer du contenu sur Internet n’était même pas un métier. Quelques adolescents ont commencés à se filmer dans leur chambre, et les personnalités les plus vives se sont démarquées sur Youtube.

Parodies, vlogs, tutoriels : les contenus se multiplient, la monétisation se développe et la machine est lancée. Les réseaux sociaux deviennent vecteurs de notoriété et les abonnés montent en flèche. L’époque des meet-ups, ça vous parle ?

Au fil des années, la sphère des réseaux sociaux n’est plus seulement un terrain de jeu à qui veut partager sa vie. L’authenticité des créateurs de contenus a séduit, et c’est ainsi qu’ils gagnent la confiance des jeunes générations. Leur avis prends de l’importance au point d’influencer les tendances de consommation, et pas toujours pour le meilleur. (cc les hauls Shein)

Influenceur

Selon Le Robert, un influenceur est une personne qui influence l’opinion/la consommation par son audience sur les réseaux sociaux.

En clair, dans le langage commun, les créateurs de contenus deviennent des influenceurs. Ils sont contactés par des marques et jouissent des bonheurs du partenariat pour donner leur avis à leur communauté. Qui n’en rêverait pas ?

L’heure de rendre la parole au public

En 2019, une étude réalisée par Harris Pole a révélé que 3 enfants anglais et américains sur 10 voyaient le métier de Youtubeur/Vloggeur comme leur métier de rêve. Et c’est logique : si certains peuvent vivre de leur passion, pourquoi pas eux ?

Face à ça, Tiktok a visé en plein dans le mille. La nouvelle plateforme la plus téléchargée dans le monde redonne la parole au public et traite tous ses utilisateurs comme des créateurs de contenu. Ainsi, avoir de la notoriété n’est plus la règle pour être vu, chacun à sa chance de percer.

« Sur TikTok, tout le monde peut être un créateur et tout le monde peut profiter du divertissement de nos créateurs inspirants, et nous avons pour objectif de continuer à innover cette expérience afin que les gens puissent s’exprimer, trouver leur communauté et être récompensés pour leur créativité » Zachary Kizer, porte-parole de Tiktok

Et maintenant que les utilisateurs lambdas ont pris de l’importance sur les réseaux sociaux, le marketing d’influence perd du terrain. On voit même naître une ère de la désinfluence qui vise à lutter contre la surconsommation.

En donnant l’opportunité aux créateurs Tiktok de déconseiller des produits qui ont fait parler d’eux, le hashtag #deinfluencing a comptabilisé plus de 328 millions de vues sur la plateforme.

Ainsi, les communautés d’influenceurs se dissolvent pour laisser place aux créateurs UGC, une opportunité pour les marques d’avoir des partenariats moins coûteux et bien plus fiables. Et oui, le dropshipping a laissé des séquelles. Au même titre que les marques, les influenceurs et créateurs de contenus sont victimes de leur manque de transparence, celui dont on parlait déjà dans Le diable s’habille en Veja.

En janvier 2023, une étude de 20 Minutes en partenariat avec Opinionway l’affirme. Les influenceurs se voient qualifiés de “charlatans qui trompent leurs followers pour de l’argent” à 56%. L’avis du public est plutôt clair, non ?

Et la loi s’en est mêlée

Les influenceurs voient alors grandir des délimitations floues autour de leur métier. En juin 2023, le gouvernement instaure une loi visant à lutter contre les arnaques et les dérives de l’influence. Redéfinition du métier, encadrement de certains placement de produits, mention des retouches : jusqu’ici des mesures on ne peut plus normales pour réguler le secteur.

Enfin, pas pour tout le monde. Plus de 100 créateurs de contenus ont tenus à signer une tribune pour remettre les points sur les i à ce sujet.

“Nous entendons parler des « influvoleurs », « du combat à mener » contre nous. Nous pensons que c’est une erreur. Qu’une minorité est devenue une généralité.”

En clair, en demandant au gouvernement de ne pas “casser leur modèle vertueux”, les influenceurs veulent conserver leur liberté. Un peu suspect pour des créateurs qui n’ont rien à se reprocher, non ?

Squeezie, Seb la Frite et bien d’autres changent de côté en annonçant avoir signé cette tribune sans la lire… Et si on ne sait plus qui croire, on croit surtout que c’est le meilleur moyen de se décrédibiliser.

Au delà des problématiques de marques, ce genre de bad buzz remet en question le principe fondateur de l’influence : L’incitation à la consommation est-elle vraiment compatible avec la transparence ou la cancel culture ira-t-elle jusqu’à eux ?

 

Publié par @aportugueseinparis
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Puis, en novembre 2023, le gouvernement ajoute un couche à cela en annonçant vouloir renforcer la loi influence. Cette fois, davantage de protection pour les influenceurs, à leur dépens… puisque, pour les marques, toute création de contenu ne mérite pas rémunération.

Extinction des feux des projecteurs ?

Si les mises au point ont toujours fait partie de la culture Youtube, l’année 2023 semble avoir assommé nos créateurs préférés. Les ados dans leur chambre sont devenus des adultes accomplis. Et la liberté créatrice s’est envolée pour la pression, voire la dépression.

Squeezie en a même parlé dans Merci Internet, et il n’est visiblement pas le seul…

Comme le précise très justement Manon Mariani, journaliste sur France Inter, vivre de sa passion, ça n’est pas aussi simple que ça en a l’air : “Les médias ont commencé à s’intéresser à eux y’a pas longtemps mais, eux, ils charbonnent depuis plus de 10 ans et ils se sont tous faits seuls.”

Entre la compétitivité et la course aux statistiques, la création de contenus et la starification des créateurs possèdent des enjeux qui n’ont rien d’un loisir.

Sur Youtube, certains font face à des échecs, d’autres se sentent surmenés par un rythme qui n’a rien d’un 35h. Comme les entrepreneurs, les réalités du marché ont fini par frapper, et voilà comment commence l’année 2024 :

 

Publié par @chazofficiel
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Le métier qui fait le plus rêver les jeunes, aurait-il atteint son point de chute ? Serait-ce Youtube, devancé par TikTok, qui prend quelques rides ? Ou, serait-ce seulement l’élan d’une génération qui s’affirme : ne plus faire passer le travail avant le bien-être ?

En gros, pas de panique, ils vont certainement revenir, et ce, même si ça requiert quelques ajustements… Déjà parce qu’à Bali, on finit par s’ennuyer, et parce qu’eux aussi ils ont besoin de manger.