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Les memes, un langage à propremement parler ?

Temps de lecture : 5 minutes

Trois Spiderman qui se pointent du doigt, Pablo Escobar sur une balançoire, Michael Scott dans The Office, … Vous avez forcément déjà vu l’un de ces “memes”, ces petits morceaux de culture internet, omniprésents dans notre vie en ligne. Finalement, les memes sont-ils devenus un langage à proprement parler ?

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Content Strategist à l'Agence Nest. 3ème Daft Punk en rêve et cœur brisé régulièrement par le Paris Saint-Germain.

Peter Rechou

Les memes, une façon de communiquer plus complexe qu’elle en a l’air

Ils peuvent être une image, une vidéo, un son ou simplement une phrase, à condition d’être un format court, compréhensible et marquant. Surtout, ils doivent pouvoir se propager rapidement, en faisant si possible référence à un élément de culture populaire.

Si on pouvait les penser destinés à être des contenus humoristiques, Internet a su prouver au fil du temps qu’ils sont plus subtils que ça : pouvant être aussi bien un simple contenu drôle ou moqueur, qu’un message politique ou qu’un engagement social. Et si cette digression de l’humour à d’autres sujets a été possible, c’est notamment parce que les memes répondent à un besoin d’efficacité, de rapidité et d’instantanéité dans nos utilisations des réseaux sociaux et de l’information.

Et cette viralité vient d’une qualité intrinsèque aux memes : ils réussissent à capter l’essence d’une idée ou d’une émotion de manière concise, les rendant alors accessibles à un public diversifié, parfois même au-delà des barrières de langues ou culturelle.

Dis-moi ce que tu memes, je te dirais qui tu es

C’est bien connu : l’humour, c’est relatif. Même si cela peut paraître irréaliste, The Office ne fait pas rire tout le monde. Mais comment, alors que diverses personnes ne riront pas des mêmes choses, les memes font-ils pour s’implanter dans la culture populaire ?

Bien que digitaux et appartenant à la culture internet, les memes se sont développés de manière très organique. En effet, on trouve leur origine dans les forums et communautés en ligne, donc dans des échanges, biens que virtuels. Comme c’est le cas pour l’évolution des langages, on a alors affaire à la création de mécaniques qui prennent vie au sein même de la façon de s’exprimer.

Répandus sur l’entièreté du web et des réseaux sociaux, les memes servent aujourd’hui de marqueurs de l’évolution des attitudes sociales et culturelles, reflétant les évolutions d’usages et de pensées. Preuve en est de leur importance dans les échanges en ligne, ils sont aussi devenus un moyen de communication pour le monde politique.

Ainsi, comme le relatait Radio France en 2018, on a pu voir le meme “Pepe the frog”, une grenouille verte issue d’une bande-dessinée, devenir un symbole de ralliement de l’extrême-droite.

Dans un autre genre, en 2022, Antonin Dacos, “responsable de communication de l’équipe des Jeunes avec Jadot”, racontait à 20 Minutes comment les memes s’étaient invités dans la campagne du candidat à la Présidentielle : « Le plus intéressant est d’arriver à enlever la logique partisane pour arriver à porter un message politique, en reliant nos mèmes à des choses concrètes ».

Mais au-delà des idées politiques, les memes reflètent également des liens communautaires. En d’autres termes, bien que certains résistent aux nombreuses évolutions des réseaux sociaux et à la brièveté des tendances, ils semblent qu’ils soient également un marqueur générationnel, de groupes sociaux ou d’une période précise dans l’actualité sur Internet (un “arc”, comme on dit sur Twitter/X).

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Sous couvert d’humour, le côté beaucoup moins marrant des memes

Les memes ne sont parfois plus de simples blagues, on est désormais au courant. Mais le prétexte de l’humour, qui fait partie intégrante de leur mécanisme, peine à cacher un rôle potentiel dans la propagation de la haine en ligne et du harcèlement sur les réseaux sociaux.

Déjà parce que la viralité des memes est, lorsqu’ils sont ciblés, également un accélérateur de nocivités lorsqu’ils ne sont pas utilisés pour de bonnes intentions. L’humour essuie parfois les pieds de stéréotypes, de la désinformation ou même d’incitations au harcèlement, souvent minimisés par l’éternel débat : peut-on ou doit-on rire de tout ?

Aussi, les bonnes intentions des uns ne garantissent pas le non-détournement des autres. Ainsi, un meme créé comme une simple blague peut très vite se retourner contre une personne ou un groupe social ciblé, lorsqu’il est détourné par d’autres utilisateurs.

Évidemment, les memes ne sont pas négatifs par nature, mais bien un vrai langage issu du web. Il est cependant nécessaire de souligner leur potentielle vertu d’amplification de la haine en ligne, soulignant notamment la responsabilité des utilisateurs, mais aussi des plateformes.

Et ce n’est pas Michael Scott qui dira le contraire.