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Doivent-ils donner leur avis sur tout ?

Temps de lecture : 5 minutes

En ce moment, les notifications alarmantes se bousculent, et l’actualité est horrifiante. Ce qu’on ne voit pas derrière le rideau médiatique, c’est que la guerre est aussi informationnelle. Au milieu de ce monde fragmenté, les personnalités publiques sont-elles tenues de garder le silence ou de prendre part au combat en se faisant porte-parole de leurs propres engagements ?

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Rédactrice à l’Agence Nest. 30 onglets ouverts dans la tête et un assistant à moustaches sur les genoux.

Laury Peyssonnerie

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En ce moment, les notifications alarmantes se bousculent, et l’actualité est horrifiante. Ce qu’on ne voit pas derrière le rideau médiatique, c’est que la guerre est aussi informationnelle. Au milieu de ce monde fragmenté, les personnalités publiques sont-elles tenues de garder le silence ou de prendre part au combat en se faisant porte-parole de leurs propres engagements ?

Motus et bouche cousue

Tout a commencé par un simple silence. Celui de Squeezie.

Pourquoi lui en particulier ? Aucune idée.

Tout ce qu’on sait, c’est que le créateur de contenu ne s’est pas exprimé sur une actualité de la plus haute importance. Comme bien d’autres influenceurs.

Alors, c’était la déferlante : certains l’ont couvert de honte, d’autres ont réagit par de l’incompréhension : “Tu veux qu’il dise quoi ?”

Ça peut paraître futile, mais la réalité des événements, c’est ça : ne pas prendre part à la guerre informationnelle du conflit qui s’abat en ce moment même sur le Moyen-Orient, c’est masquer la souffrance d’un peuple sous un lourd silence.

Alors, les personnalités publiques qui, elles, se sont engagées sur ces sujets, s’insurgent de l’ignorance de leurs collègues.

“C’est quoi ce silence ? Où ils sont, tous, les artistes qui s’émeuvent d’un tout, d’un rien, qu’on entend parler sur tous les sujets… qui, tout d’un coup, […] postent les légumes du jour ?” Philippe Lellouche sur le plateau de Quelle Époque.

Des personnalités publiques, on attend qu’elles dévoilent chaque facette de leur personnalité : leur attirance sexuelle, le visage de leur moitié, celui de leur nouveau-né, et même la couleur de leurs opinions politiques ?

Et pour une fois qu’on aimerait les entendre, il y a une vague d’ignorance qui ramène un nouveau conflit sur la table du débat public.

Parce que rassembler une communauté, c’est aussi avoir une influence sur ceux qui nous suivent. En somme, bons plans lifestyle mis de côté, une grande responsabilité. De nombreuses personnalités en profitent pour communiquer sur des causes diverses et variées, qui les touchent de loin ou de près. Et, c’est plus que positif, pour une génération qui recherche l’engagement assumé.

Or, quand il s’agit d’enjeux aussi importants, où placer le curseur de l’engagement ?

En réalité, on pourrait poser les mêmes questions pour les marques. Et on est loin de vous affirmer qu’elles se sont toutes exprimées sur le sujet.

Garder le silence ne veut pas toujours dire fermer les yeux. Parce qu’avant de s’exprimer, il faut prendre parti. Et, comme un professeur ne dévoile pas ses opinions politiques pour ne pas influencer ses élèves, les influenceurs devraient-ils publiquement choisir un camp au risque de désinformer leur communauté ?

Militer pour mieux faire monter les abonnés ?

Dans cette optique, les questions se bousculent :

Les personnalités publiques, devraient-elles s’exprimer sur tous les sujets ? Si oui, à quelle échelle ? Encore faut-il être sûr d’avoir choisi son camp.

Et, finalement, comment définit-on la légitimité d’une personnalité publique à donner son avis ? Un nombre d’abonnés, un palmarès, un nom de famille ?

Comment jongler entre la peur de s’engager sur un sujet, et le refus d’invisibiliser ces enjeux ?

Pendant que Bella Hadid plaide pour ses engagements, certains ont bel et bien peur de créer des polémiques. Soyons honnêtes, ceux qui ne s’expriment pas sont touchés, mais ceux qui s’expriment le sont encore plus. Maëva Ghennam en a fait les frais.

Du côté de ceux qui s’engagent, il y a aussi une forme de paresse qui est née. Celle de donner son avis, pour suivre le mouvement, sans vraiment s’engager pleinement.

Dans la même veine que celle du greenwashing, on accueille : le militantisme performatif.

Militantisme performatif

Le militantisme de performance est le fait d’afficher très visiblement un soutien à une cause sans nécessairement agir concrètement dans le même sens, généralement dans le but d’améliorer son image.

Partager son engagement au monde entier, quelle belle attention, lorsqu’il ne s’agit pas de servir son propre intérêt. Et ça concerne aussi tous les Charlie qui postaient des carrés noirs en l’honneur de #BlackLivesMatter. À l’échelle individuelle, on cherche inconsciemment à se donner bonne conscience. À l’échelle des entreprises, il s’agit avant toute de conserver sa réputation en présentant une image d’entreprise à valeurs.

Au final, on ne sait plus qui témoigne réellement son soutien, et qui cherche à se mettre sous la lumière des projecteurs. Tous ces questionnements, ne sont-ils pas la preuve d’un égoïsme systémique ?

Vaut-il mieux craindre pour sa réputation ou s’engager malgré les conséquences d’un monde fragmenté ?

Le courage de la nuance

Au milieu de ce bruit immense, on est d’accord : aucune cause ne mérite d’être invisibilisée. Et pour ça, il faut en parler. Or, aujourd’hui, les réseaux sociaux nous encouragent à tenir une position de plus en plus tranchée, au risque de tomber dans le radical voire dans le simpliste.

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S’engager fermement, ça se comprends, surtout lorsqu’il s’agit de défendre des vies humaines. Cependant, le débat a-t-il besoin d’être aussi clivant ?

“Nous étouffons parmi des gens qui pensent avoir absolument raison “, disait Albert Camus. Et c’est bien ça le problème. Prendre un parti polarisant en public, c’est aussi alimenter la discorde sur un enjeu qui souffre déjà suffisamment, d’un côté ou de l’autre. Alors que la réalité est bien plus nuancée.

“Comme dans toutes les guerres, il y a une concurrence des récits. […] tout cela est radicalisé par les réseaux sociaux qui renforcent la polarisation et encouragent aussi une levée des tabous quant à ce qu’on a le droit de montrer. Il me semble qu’avoir de la pondération est encore plus difficile aujourd’hui que par le passé, mais c’est pour cette raison même qu’il faut plus que jamais s’obstiner dans cette ambition : voir tous les côtés, voir toutes les victimes et toutes les souffrances d’un conflit, notamment, avant de vouloir justifier les uns ou les autres.”, Jerôme Bourdon, historien et sociologue des médias pour La revue des médias.

Qu’est-ce qui nous pousse à prendre parti sur tous les sujets ? Pourquoi ne pourrait-on pas soutenir une cause, sans attiser la flamme ?

Parce qu’on ne possède pas assez de connaissances sur le sujet. Parce qu’on ne sait tout simplement pas où se placer dans un monde aussi complexe. Parce qu’on veut considérer l’humanité telle qu’elle est, avec plus de nuances, sans pour autant invisibiliser ses zones d’ombre.

Et puis, si on décidait de taire le sujet, il y aurait toujours le gouvernement Israélien pour nous le rappeler lui-même. Avec, en exclusivité : un pre-roll youtube, qualifié de propagande, dénonçant les massacres perpétrés contre son peuple.

carla-ginola