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TikTok est-il un outil de savoir et de culture ?

Temps de lecture : 4 minutes

TikTok, comme d'autres avant lui, subissent les mêmes controverses : à chaque nouveauté ses critiques et préjugés. Pourtant, des vidéos Histoire à Booktok, on y trouve pas mal de culture.

avatar de Peter Rechou

Content Strategist à l'Agence Nest. 3ème Daft Punk en rêve et cœur brisé régulièrement par le Paris Saint-Germain.

Peter Rechou

C’est une enquête de l’IFOP, relayée en janvier dans un article du Point, qui a remis une pièce dans la machine : “la théorie de la Terre plate séduit un jeune sur six, proportion qui double chez les habitués de TikTok”.

Face à ce constat, et pour lancer le débat, le journaliste Samuel Etienne (Question pour un champion, FranceInfo, Twitch, …) diffuse l’article sur Twitter. Parmi les réponses au tweet – désormais supprimé – on en trouve une qui pourrait résumer la situation : “Les jeunes ne sont pas cons, TikTok ne rend pas con. Les jeunes sont crédules, car ils sont jeunes.”

TikTok rend con, Facebook rend con, la télé rend con… Sommes-nous des cons ?

C’est encore, et toujours, la même chose. Une nouvelle plateforme ? Un nouvel usage ? Ça nous rend con. Et puis, comme c’est nouveau, c’est pour les jeunes. Donc les jeunes sont cons.

C’est donc pour ça que Telerama en 2009 et France Inter en 2011 se demandaient si la télé rend abruti. Qu’en 2011, Métro se demandait si Internet nous rend cons. Ou qu’en 2014, L’Express se demandait si Facebook nous rend encore plus bêtes que la télévision.

Ça ressemble à une vieille rengaine, non ?

Non, c’était pas mieux avant

Danses sexy, sexualisation consciente ou inconsciente (parfois de mineures ), trends quasi érotiques… C’est vrai. TikTok peut, en ce sens, être largement pointé du doigt. Mais, malheureusement, ce n’était absolument pas mieux avant.

2010. Plusieurs millions de téléspectateurs élisent, devant TF1, Les 50 plus belles femmes du monde, “au cours d’une émission fleuve, entrecoupée de l’intervention de jolies demoiselles fort peu vêtues”, comme le rappelle fièrement le journal Marie-Claire à l’époque.

Cette édition, qui était loin d’être la première, est remportée par Angélina Jolie, gagnante parmi les six catégories de l’émission : “les Bombes, Les Françaises qui ont réussi à Hollywood, les beautés familiales, les nouvelles venues et enfin les femmes engagées”.

Quelques années plus tôt, Cécile de Menibus était agressée sexuellement par Rocco Sifredi sur le plateau – hilare – d’une émission de Cauet. Encore plus tôt, M6 diffusait allègrement les ébats de Loana et Jean-Edouard dans la piscine du Loft. Sans leur consentement.

Certes, les trends sexy n’existaient pas encore. Mais le contenu sexiste, lui, oui. Et il se consommait en famille, sur la TV du salon.

Féminisme, Histoire, littérature… l’encyclopédie TikTok ?

Comme YouTube a commencé à l’être il y a une dizaine d’année, et comme internet en général, TikTok n’est qu’un outil de savoirs… quand on est en recherche.

capture d'écran de booktok sur tiktok

Si les algorithmes font davantage remonter le contenu “léger”, c’est – cyniquement – que ça fonctionne bien plus. Triste constat, peut-être. Mais ça n’empêche qu’un pan tout entier de Savoir existe et que son accès est facile.

Ainsi, c’est tout naturellement que certains Youtubeurs spécialisés dans la vulgarisation ont débarqué sur TikTok. Un moyen de parler ailleurs à leur audience, mais aussi de s’ouvrir à un nouveau public.

Parmi eux, on peut notamment retrouver :

Mais d’autres encore, non issus d’autres plateformes, ont choisi TikTok pour diffuser leur savoir, à l’instar du compte Petitehistoiredelart (55,6K), ou encore de Léa Encarnaçao (psychologie, cinéma – 55K).

Enfin, des personnalités venues de médias “traditionnels” ont posé leur valise sur la plateforme. Comme Augustin Trapenard, fer de lance Français de BookTok, la tendance qui rassemble les fans de littérature sur TikTok.

Vieux boomers et jeunes crédules

Les jeunes sur TikTok ne sont pas des écervelés et les “autres” ne sont pas systématiquement de vieux boomers aigris. La vérité se trouve entre les deux.

Oui, une partie du contenu consommé est “débile” – ce qui ne veut pas forcément dire abrutissant – ou même potentiellement dangereux selon certains angles. Sans doute doit-il être régulé.

Non, ça n’empêche pas ces consommateurs de regarder, aussi, du contenu pédagogique, qui est tout autant accessible.

On ne peut pas exiger des jeunes utilisateurs de TikTok d’être de parfaits élèves des réseaux sociaux. On peut les guider et les informer, certes. Mais on peut aussi leur foutre la paix.

Et si on a du mal avec cette idée, on a qu’à se rappeler que C’est pas sorcier a été diffusé en même temps que Next Made in France, et qu’elle lui a même survécu 4 ans. Ou encore que le complotisme et la débilité n’ont pas attendu d’être une trend pour exister.

Alors… Next.