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Va-t-on finir par tout montrer ?

Temps de lecture : 5 minutes

Il y a quelques années, des bruits de couloirs annonçaient la mort de la télévision. Or, les écrans plats qui surplombent encore bien des salons ne se laisseront pas abattre ainsi. Drag Race, Star Academy, et autres téléréalités… la TV s’est réinventée pour remonter la pente, et peu importe ce que ça implique de montrer.

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Rédactrice à l’Agence Nest. 30 onglets ouverts dans la tête et un assistant à moustaches sur les genoux.

Laury Peyssonnerie

Il y a quelques années, des bruits de couloirs annonçaient la mort de la télévision. Or, les écrans plats qui surplombent encore bien des salons ne se laisseront pas abattre ainsi. Drag Race, Star Academy, et autres téléréalités… la TV s’est réinventée pour remonter la pente, et peu importe ce que ça implique de montrer.

La TV à poil

Ces dernières semaines, on dirait bien qu’elle a enfin réussi à se faire remarquer. Et ça se passe sur MTV (ou sur Paramount+ pour les plus pressés).

Bienvenue au royaume du trash et de la beauferie.

Tout droit venu des États-Unis, le concept de Frenchie Shore s’est imposé dans nos feeds début novembre. Et il faut dire qu’après Loft Story et Les Marseillais, on ne pensait pas voir pire. Apparemment, on n’arrête plus le progrès.

Si la téléréalité fait naître des carrières, c’est aussi l’un des genres les plus critiqués en France. Les médias, assommés par la gravité des actualités du moment, soufflent un peu en dénonçant le manque de pudeur de ce type d’émission. Or, ça ne met pas tout le monde d’accord.

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Pendant que les “frustrés du cul” bougonnent devant leur télévision, il semblerait que le non censuré ait trouvé son public. Après avoir donné accès à plusieurs films en entier, les réseaux sociaux offrent de la visibilité à Frenchie Shore. Sur TikTok, Instagram et Twitter, les extraits de l’émission attirent des millions de vues, que l’on veuille y assister ou non.

Ne nous méprenons pas, même ses détracteurs se retrouvent à scroller sur les twerks de Kara et Ouryel. Parce qu’au même titre que le true crime, on est intrigués de voir ce que l’on ne ferait pas soi-même.

Et si on avait aucun problème avec l’idée de se montrer en train de pleurer sur Internet, les limites de Frenchie Shore sont bien plus fines.

Tous trop à l'aise ?

L’obscène a désormais trouvé sa place sur Internet tant les candidats de Frenchie Shore sont décomplexés. Certains appellent ça la libération sexuelle, d’autres de la vulgarité.

Casser les codes, oui, enfin ça dépend comment on le fait. Dans cette émission, c’est à coups de nudité et de confessions qui n’en sont pas. Certes, avoir des caméras aux quatre coins de la villa, c’est la base de la téléréalité. Or, dans Frenchie Shore, tout est exacerbé. Ils aiment se montrer sans filtres, et c’est d’ailleurs pour ça qu’ils ont été méticuleusement sélectionnés. Leurs portraits en disent long :

“Y’a aucune meuf qui est prête, j’vais faire un carnage. Là j’arrive dans le game, et j’vous fais pas de dessin que j’vais bousiller tout ce qui bouge. Tout ce qui bouge, et même c’qui bouge pas en vrai de vrai.” Théo, candidat dans Frenchie Shore.

“J’suis à poil du matin au soir. J’aime le cul, j’l’assume complètement. Je pue le cul. Où y’a d’la bite y’a Ouryel. Sorry Mamma, sorry Daddy.” Ouryel, candidate dans Frenchie Shore.

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Il faut dire que si ça fonctionne, c’est aussi que nous en sommes quelque peu responsables. Plus les candidats en dévoilent et plus on demande à en voir davantage. Quand c’est soft, ça devient presque ennuyeux.

Voyeurisme ? Peut-être. On dirait plutôt que ces personnages transcendent la gêne que l’on peut ressentir soi-même dans le monde normal. Ah, oui, parce qu’on le sait bien : la téléréalité ne la reflète en rien.

C’est bien pour ça qu’à chaque fois qu’une nouvelle téléréalité dépasse un palier d’obscénité, ça choque. Et ce, jusqu’à ce qu’on y soit habitué. En 2010, on cachait les yeux des enfants devant les femmes en maillot de bain dans les clips de l’été. Aujourd’hui, c’est tellement devenu la norme qu’ils regardent eux-mêmes Frenchie Shore sur TikTok.

Et c’est quand même un sacré cap quand on pense que la Ministre de la Culture, Rima Abdul-Malak, place l’émission et ses scènes de fellation mal floutées “à la limite de la pornographie”.

Pour les fans, rassurez-vous, ça ne l’empêchera pas de rentrer dans la culture populaire.

L’extimité, marqueur d’une génération

Extimité

Combinaison des mots “extérieur” et “intimité”, l’extimité est un concept théorisé par le psychanalyste Jacques Lacan “pour décrire la tendance contemporaine à exposer des aspects intimes de soi-même dans la sphère publique”

On l’avait bien dit, la Gen Z est une génération ouverte d’esprit. Derrière le trash et l’exhibition, ils voient des confrères libérés qui assument leur état d’esprit.

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Et à force de consommer la sexualité de leurs candidats préférés à l’écran, la Gen Z se sent appartenir à la bande de Frenchies. La téléréalité en devient cool, en faisant d’eux des personnalités à suivre plutôt que des candidats débiles. Mieux encore, ils deviennent des exemples.

Quoi qu’on en pense, ça n’a rien de nouveau. Après l’influence, la téléréalité : qui n’a pas envie d’être sur le devant de la scène ?

”N’y a-t-il pas des sujets plus graves en ce moment que des jeunes gens en maillot de bain, cette génération décomplexée ? Ce qui est surprenant, c’est que les gens découvrent cette génération. Mais je vous dis, faites un tour sur TikTok », Arthur sur France Inter

Il est vrai que l’extimité, la Gen Z, ça la connaît. La seule différence est que sur TikTok, elle se voulait authentique. À la TV, en voulant en faire toujours plus, ils finissent par se donner en spectacle.

Tant que ça marche, ils n’hésitent même plus à véhiculer des clichés sexistes.

Cela pourrait-il nous influencer à l’idée d’aller encore plus loin sur nos propres réseaux ?

Finalement, avant de pervertir ses téléspectateurs, Frenchie Shore est aussi le miroir d’une société qui peine à faire avancer son état d’esprit.

Libérer la parole, on veut bien, mais attention à ne pas en faire un discours machiste que beaucoup prendraient un malin plaisir à propager.